Le mot de Dom, enseignant adultes

           L’apport du pratiquant d’Aïkido

La première fois que le pratiquant monte sur le tapis, c'est lui-même, novice et dans l'attente, que le club (le dojo) reçoit. La première chose c'est de ne pas décevoir son attente, quelle qu'elle soit : lien social, sport de combat, loisir, bien être corporel. Ce n'est pas une mince affaire. L'enseignant imprime l'esprit du dojo mais il doit être relayé par les pratiquants. Le nouveau venu doit être respecté et pouvoir rapidement être conforté dans son choix. C'est toute la subtilité de l'Aïkido que de répondre à de multiples approches qui, en fin de compte, convergent vers un but unique : la réalisation de soi.

Par la suite, par ses progrès, le pratiquant continuera d'être un aspect de la diversité du genre humain qui contribuera à l'enrichissement de ses partenaires à  travers une pratique qui ne se renferme dans aucune catégorie de poids, de taille, de genre, de forme. Même si, pendant les cours, il est utile, parfois et non pas systématiquement, pour la compréhension de la technique et sa bonne réalisation de regrouper par catégorie  (ex : apprentissage du koshi nage… 55 kg vs 90 kg)

        Les techniques de l’Aïkido et la variété des formes

Nous sommes tous plus ou moins imprégnés de l’image que nous a laissée tel ou tel enseignant ou Maître dans son interprétation technique de l’Aïkido. Nous nous sommes plus ou moins appropriés ce que nous avons vu. Mais ces Maîtres nous enseignent le fond par la forme. Ce qu’on ne comprend pas immédiatement, accaparé que nous sommes par la décomposition des mouvements, la mémorisation du geste  que nous voulons reproduire. Pourtant, « la forme c’est le fond qui remonte à la surface » (V.Hugo)


En ce qui me concerne, enseignant en club, j’essaye de m’en tenir aux principes (déplacements, placements, angles, relâchement, etc.) que les pratiquants doivent prendre en compte pour assimiler les techniques  mais je dois dire que j’ai un intérêt particulier pour une pratique non statique et non systématiquement décomposée. Il me semble intéressant de laisser le pratiquant s’exprimer dans sa compréhension du moment et de pas avoir à le perdre dans un empilement de détails.

Quant à privilégier des techniques, même si  des préférences peuvent exister, un enseignant doit s’en préserver car il doit instruire avec l’ensemble des techniques, frappes ou saisies que devra présenter le pratiquant au shodan. La nomenclature de le C.S.D.G.E. est riche. Il ne faut pas négliger de reprendre ce que nous délaissons. Il est même intéressant de solliciter sur le sujet le DTR lors des stages de Ligue.   

Je considère cependant que Ikyo sur l’attaque shomen uchi est la technique qui renvoie sans cesse à l’esprit du débutant. C’est une technique impardonnable, exigeante qui nous amène à l’humilité tellement elle est difficile à réaliser et jamais vraiment bien exécutée. Koshi nage est aussi une technique qui interpelle : comment l’enseigner et la faire réaliser par des pratiquants aux gabarits variés ? Cette technique démontre combien kokyu nage est peut-être l’essence et la finalité de toute technique.

        Les armes de l'Aïkido

Les armes de l’Aïkido (aujourd’hui le boken – jo – tanto ) sont très symboliques et en cela très riches. Elles sont, pour ce que je connais de l’historique de l’Aïkido, inhérentes à sa construction.

En conséquence, il serait vraiment dommage d’en soustraire l’étude dans l’enseignement. D’autant que des nouveaux élèves qui peuvent rencontrer des difficultés dans leur premier temps de pratique avec les roulades (ukemi) et le travail à genoux (suwari waza) sont intéressés d’emblée par la pratique de ces armes. C’est aussi un angle d’approche de l’Aïkido pour les débutants. Il convient d’exprimer cette pratique avec les principes que l’on doit utiliser lors de la pratique sans armes. Espace, vigilance, sécurité, mesure sont indispensables. La notion d’outil pédagogique prime sur toute autre considération. On retrouve exactement les mêmes notions de travail avec et sans armes. Ce travail concrétise des notions qui paraissent parfois abstraites (angles, distances, atémis, coupes, etc..) dans l’Aïkido à mains nues.

C’est aussi un travail personnel, puisqu’on peut pratiquer seul, pour peu que l’environnement s’y prête. Répéter des mouvements exécutés en club, avec un  boken ou un jo, reproduire un kata sont des chemins individuels de progrès.

        Attaque et défense de l’Aïkido

Sans entrer dans des considérations trop poussées concernant l’émergence, voire l’intention, de l’attaque qui entraînera une défense plus ou moins en amont de l’action qui semblera être plus une attaque qu’une défense nous convenons sur les tatamis qu’il y a un attaquant et un défenseur.

Mais les actions (attaques et défenses) que nous allons opérer ne doivent pas être successives ou dissociées, à courir l’une après l’autre (attaque/contre-attaque). Avec la pratique, la connexion entre défense et attaque s’affinera. Il est possible d’annihiler une attaque à sa source ou de la laisser mourir en étant immédiatement avec l’attaquant et non plus contre.
Le travail est de le faire sans blocage et dans l’harmonie. Trouver l’instant et l’emplacement pour déséquilibrer et rendre inoffensive l’action d’attaque. La technique engagée doit être fluide et belle. Ce qui est beau est juste… et vice versa.  

Dès lors,  il n’ya plus deux actions, l’une contre l’autre, mais une action qui s’harmonise avec l’autre pour ne devenir une jusqu’ à sa fin.   

        Le travail à genoux de l’Aïkido

La pratique à genoux est surprenante pour l’observateur ou le débutant. Elle change notre rapport avec le sol, nous qui sommes en permanence dans l’élévation depuis l’enfance : assis sur une chaise ou debout.

Cette pratique favorise la mobilité du corps, la souplesse et la rectitude de l’attitude. Je trouve que c’est le kion par excellence. Néanmoins, elle ne doit pas être exagérée. Répétitive, c'est-à-dire présente à chaque cours, mais mesurée, adaptée aux possibilités de chacun.

 

 

        Dom